Bastien GuillouxConseil en gestion de patrimoine

Succession frontalier suisse : qui taxe l'héritage ? Simulateur gratuit

Depuis 2015, aucune convention ne règle les successions entre la France et la Suisse : si vous vivez en France depuis au moins six des dix dernières années, la France taxe tout ce que vous héritez, biens suisses compris, même si le canton vous exonère. Un enfant de Gex qui hérite de 400 000 € d'un parent genevois peut ainsi payer 58 194 € en France et rien à Genève : faites le calcul avec le simulateur gratuit.

Bastien Guilloux
Bastien GuillouxConseiller en gestion de patrimoine indépendant à Gex · CIF, ORIAS n° 25001223 · mis à jour le
L'essentiel
  • Depuis le 1er janvier 2015, aucune convention ne règle les successions entre la France et la Suisse.
  • La France taxe tout l'héritage si le défunt vivait en France, ou si l'héritier y vit depuis 6 ans sur 10.
  • Genève exonère conjoint, enfants et parents, mais cette exonération ne réduit pas l'impôt français.
  • L'impôt suisse ne se déduit que pour les biens situés en Suisse, et dans une certaine limite.

Succession frontalier suisse : pourquoi la France peut taxer un héritage venu de Suisse

Depuis le 1er janvier 2015, aucune convention fiscale ne règle plus les successions entre la France et la Suisse. Chaque pays applique donc ses propres règles. Conséquence directe pour une succession de frontalier ou de famille franco-suisse : si vous vivez en France depuis au moins six des dix dernières années, la France taxe tout ce que vous héritez, y compris les comptes et les biens situés en Suisse, même quand le canton ne vous demande rien.

La convention signée en 1953 a été dénoncée par la France le 17 juin 2014 ; le projet qui devait la remplacer avait été rejeté par le Parlement suisse. Le gouvernement l'a rappelé dans une réponse ministérielle publiée le 7 février 2023 : il n'envisage pas d'en négocier une nouvelle. Au Pays de Gex, où beaucoup de familles ont des parents, des comptes ou un logement de l'autre côté de la frontière, c'est une question que l'on me pose souvent, en général trop tard. Le simulateur ci-dessous vous donne un premier ordre de grandeur.

Simulateur gratuit

Estimez les droits de succession français sur un héritage franco-suisse

Entrez votre situation : le calcul se fait dans votre navigateur, rien n'est enregistré ni envoyé.

Où vivait la personne décédée ?
Où vivez-vous, vous qui héritez ?
€
Comptes, titres, immeubles en Suisse, convertis en euros, dettes déduites.
€
Maison, appartement, comptes en France…
€
0 si le canton vous exonère (à Genève : conjoint, enfants, petits-enfants, parents). Montant indiqué par l'administration cantonale ou le notaire.
Part taxable en France –
Abattement selon le lien de parenté–
Droits français avant déduction–
Impôt suisse déductible (article 784 A du CGI)–
À payer en France (estimation)–
Total France + Suisse–

Estimation indicative selon les règles françaises en vigueur au 19 octobre 2026 (article 750 ter du CGI, barème et abattements de l'article 777 et suivants, imputation de l'article 784 A répartie au prorata des biens). Hypothèses : abattement entièrement disponible (pas de donation reçue de la même personne depuis 15 ans), aucune exonération particulière (frère ou sœur vivant avec le défunt, handicap, assurance vie, 2e et 3e piliers…), domicile fiscal de chacun déjà établi. L'impôt suisse n'est pas calculé : il dépend du canton. Ce n'est pas un conseil personnalisé : une succession franco-suisse se vérifie toujours avec un notaire.

Faire vérifier mon calcul

Les trois cas où la France taxe une succession

La règle française tient dans l'article 750 ter du Code général des impôts, détaillé par le BOFiP (la doctrine de l'administration). La France taxe :

  • Tout le patrimoine, en France et à l'étranger, quand la personne décédée avait son domicile fiscal en France. C'est le cas d'un frontalier qui vit à Gex et travaille à Genève : ses comptes suisses entrent dans la succession française.
  • Tout ce que reçoit l'héritier, en France et à l'étranger, quand la personne décédée vivait hors de France mais que l'héritier vit en France au jour du décès et y a été domicilié au moins six ans au cours des dix années précédentes (pas forcément d'affilée).
  • Seulement les biens situés en France dans les autres cas, par exemple quand un parent genevois laisse un appartement à Gex à un enfant qui vit lui aussi en Suisse.

Le premier critère à vérifier n'est donc ni votre nationalité ni celle du défunt, mais où chacun vivait, et depuis quand.

Ce que taxe la Suisse : le canton, pas la Confédération

En Suisse, l'impôt sur les successions est cantonal. Selon l'Administration fédérale des contributions, tous les cantons en prélèvent un sauf Schwytz et Obwald. Le canton compétent est celui du dernier domicile du défunt pour les comptes, les titres et les autres biens mobiliers ; un immeuble est taxé dans le canton où il se trouve.

Le point qui surprend : à Genève, selon l'administration fiscale cantonale, le conjoint, le partenaire enregistré, les enfants, les petits-enfants, les parents et les grands-parents sont exonérés (sauf si le défunt était imposé d'après la dépense). Les frères et sœurs paient de 18 % à 23 %, les neveux et nièces de 22 % à 27 %, les personnes sans lien de parenté de 50 % à 55 %. Les règles changent d'un canton à l'autre : le canton de Vaud, par exemple, n'exonère pas les descendants de la même façon.

Un enfant qui hérite d'un parent genevois peut donc ne rien payer en Suisse… et payer plein tarif en France.

Ce que coûte un héritage franco-suisse : trois cas chiffrés

En France, un enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 € par parent, puis d'un barème progressif de 5 % à 45 % (20 % entre 15 932 € et 552 324 € de part taxable), selon service-public.fr. Voici trois situations que je rencontre au cabinet, pour un enfant unique qui n'a pas reçu de donation de ce parent depuis 15 ans.

Droits de succession selon le domicile de chacun :

SituationSuisseFrance
Parent à Genève, enfant à Gex depuis plus de 6 ans, 400 000 € de comptes en Suisse0 €58 194 €
Parent à Genève, enfant à Genève depuis 10 ans, 300 000 € d'appartement à Gex et 100 000 € de comptes en Suisse0 €38 194 €
Frontalier domicilié à Gex, maison à Gex de 350 000 € et 150 000 € sur un compte suisse0 €78 194 €

Calcul simplifié avec le barème en ligne directe de 2026 et l'abattement de 100 000 €. Dans le 2e cas, seule la part située en France est taxée en France (300 000 € moins 100 000 €). Dans le 3e cas, Genève ne taxe pas le compte, faute de domicile du défunt en Suisse. Refaites le calcul avec vos chiffres dans le simulateur.

Le premier cas est celui qui étonne le plus : même héritage, même parent, mais 58 194 € de droits simplement parce que l'enfant vit côté français.

La double imposition : quand l'impôt suisse se déduit, et quand il ne se déduit pas

Quand la France taxe des biens situés en Suisse et que le canton les taxe aussi, l'article 784 A du Code général des impôts permet de déduire l'impôt suisse de l'impôt français. Mais la déduction a deux limites, rappelées par le BOFiP :

  • elle ne porte que sur l'impôt payé à l'étranger pour des biens situés hors de France ;
  • elle ne peut pas dépasser l'impôt français qui correspond à ces mêmes biens. Le surplus est perdu : c'est là que naît la vraie double imposition.

En pratique, le risque est le plus fort pour les héritiers hors ligne directe (frère, sœur, neveu, nièce, concubin) : le canton les taxe souvent, et la France aussi, avec des taux élevés des deux côtés. À l'inverse, quand le canton exonère, il n'y a rien à déduire et l'impôt français s'applique en entier.

Qui hérite ? Une autre question, réglée par d'autres règles

La fiscalité dit qui paie l'impôt. Le droit civil dit qui hérite et pour quelle part (réserve des enfants, droits du conjoint). Depuis le règlement européen sur les successions, appliqué en France, c'est en principe la loi de la dernière résidence habituelle du défunt qui s'applique à l'ensemble de la succession, même si c'est la loi suisse. La Suisse applique ses propres règles de droit international privé, révisées au 1er janvier 2025. Un testament peut, sous conditions, désigner la loi de sa nationalité. Ces choix se préparent avec un notaire.

Check-list : votre famille est-elle exposée ?

  • Notez où vit chacun : vous, vos parents, vos enfants, et depuis quand. La règle des six ans sur dix change tout.
  • Faites la liste des biens de chaque côté : comptes, titres, immeuble, 3e pilier, et dans quel canton.
  • Vérifiez les règles du canton concerné : exonération des enfants ou non, taux pour les autres héritiers.
  • Gardez les preuves de l'impôt payé en Suisse : sans elles, rien ne se déduit en France.
  • Anticipez le délai : selon impots.gouv.fr, la déclaration de succession française se dépose dans les 6 mois si le décès a lieu en France, 12 mois s'il a lieu à l'étranger.
  • Regardez les outils de transmission : l'assurance vie suit ses propres règles (voir assurance vie et succession : combien transmettre sans droits), les donations aussi. Leur intérêt dépend de votre situation.
  • Pensez aux autres questions de frontalier : retraite, 2e pilier, fiscalité, sur la page frontaliers.

Une succession franco-suisse ne s'improvise pas au moment du décès : la plupart des marges de manœuvre se jouent avant. C'est exactement le genre de situation que j'aime regarder avec une famille, chiffres en main.

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Questions fréquentes

J'hérite d'un compte bancaire en Suisse et je vis en France : dois-je payer des droits ?

Oui dans la plupart des cas : si le défunt vivait en France, ou si vous y vivez depuis au moins six des dix dernières années, le compte suisse est taxé en France selon votre lien de parenté. L'impôt éventuellement payé en Suisse sur ce compte se déduit, dans la limite de l'impôt français correspondant.

Mon parent vivait à Genève, qui exonère les enfants. Pourquoi paierais-je en France ?

Parce que l'exonération genevoise ne s'applique qu'à l'impôt genevois. La France applique sa propre règle : si vous vivez en France depuis au moins six ans sur dix, elle taxe toute votre part, après l'abattement de 100 000 € par parent. Comme rien n'a été payé en Suisse, il n'y a rien à déduire.

Dans quel délai faut-il déclarer une succession franco-suisse en France ?

Selon impots.gouv.fr, dans les 6 mois si le décès a lieu en France et dans les 12 mois s'il a lieu à l'étranger. Quand le défunt vivait hors de France, la déclaration se dépose auprès du service des impôts des non-résidents. Un notaire peut s'en charger.

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Informations générales à jour au 19 octobre 2026. Elles ne remplacent pas une analyse de votre situation personnelle.